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Confessions Brutales : LA TOTALE !

Je vous en avais parlé en début d’année, c’est désormais chose faite, le recueil final des Confessions Brutales est en ligne.

Il contient les cinq confessions déjà publiées (corrigés et revus) et une sixième confession inédite : Un branleur nommé Brandon, le seul survivant des 120 journées de Sodome, l’histoire d’un jeune branleur devenu star de l’underground BDSM au terme d’une d’une performance artistique pour le moins brutale.

Cet ebook/kindle est disponible sur Amazon pour la modique somme de 2.99 euros !

Ziggy, pourquoi… (courrier des lecteurs)

Ziggy, pourquoi tous ces posts cryptés sur ce que tu aimes, ce que t’aimes pas, et pourquoi tu ne postes jamais de photos de toi… ?
 
Ce message résume à lui seul l’essentiel des relations que j’entretiens avec la partie la plus virulente de mon lectorat.
Une intro pour me flatter / suivie d’un couplet de banalité / et toujours le même refrain : montre-moi ton cul, montre-moi tes seins… Comme s’il fallait en passer par là pour faire grimper mon nombre de vues.
Ou raconter ma vie en direct pour me donner du crédit.
Je résiste.
Et chaque demande de ce type ne fait que me renforcer dans mon idée de départ. Celle d’utiliser une identité « vierge » sur internet – repartir de zéro – pour publier mes textes.
Pourquoi ?
Quelle est donc la nature de ce secret que je chercherais à cacher derrière cette cagoule et ces images provocantes ?
Un truc à rendre fou stalkers et branleurs.
Je fus (et serai peut-être un jour à nouveau) camgirl.
Sous un autre nom de scène, en d’autres lieux, et dans d’autres positions.
Aujourd’hui : je ne suis qu’une auteure sous un autre nom d’emprunt. Une fille qui aurait choisi de grimper la montagne par la face nord. Et je trouve ça plutôt bandant.

Une nuit dans la forêt avec une louve-garou en chaleur (ONE SHOT N°1)

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« Pour une bonne bière fraîche, je serais capable de tuer celui qui a eu la merveilleuse idée de nous emmener ici. »

David avait lancé cette menace en l’air. Autant pour ramener ses amis les pieds sur terre que par goût de la provocation. Le groupe de randonneurs venait de faire halte au sommet d’une colline dominée par un bosquet de hêtres. Et tout ce dont David avait envie (en plus d’une bière fraîche) c’était de s’allonger dans l’ombre silencieuse. Il resterait là jusqu’à ce que mort s’ensuive. Dans les herbes sauvages encore saturées d’une étrange rosée – sous ces arbres dont les troncs tordus par les éléments se déployaient avec difficulté vers le ciel.

Comme personne ne semblait lui porter attention : il se grilla une Camel. Les yeux vissés sur l’imperceptible mouvement des feuilles au-dessus de lui. En fixant ainsi la voûte végétale les effets de transparences et de surimpressions composaient un camouflage hypnagogique à la précision déconcertante.

Le reste de la troupe se restaurait dans un étrange mutisme. Tous obnubilés par le panorama. De là-haut, l’effet était saisissant. L’on semblait voir la Terre depuis le ciel – à bord d’un aéronef silencieux et immobile. Une rivière au cours sinueux s’éployait dans un bocage verdoyant. Chaque relief s’effaçait dans un horizon chargé de brumes estivales. Paysage frappé par un soleil aussi impitoyable qu’exceptionnel dans ces contrées bien plus habituées au froid et à la pluie.

« Tout ça pour un foutu point de vue panoramique… »

Même si David n’était pas d’accord avec la qualité de la représentation, il devait concéder que le spectacle se méritait. Une heure de marche sous le cagnard à travers les champs et une heure supplémentaire d’escalade jusqu’ici. Il avait arrêté de compter en s’aventurant dans les premiers taillis.

Bien que la fraîcheur ombragée de la forêt soit plus accueillante que les chemins déformés par le passage des engins agricoles, David ne discernait dans ces bois qu’un environnement hostile. La nature n’avait rien à voir avec ces parcs urbains dont il était familier. L’authentique nature était sauvage. Et pour ainsi dire malveillante. Mais il se gardait bien de partager son point de vue avec ses camarades.

Les filles du groupe avaient retrouvé leur bonne humeur. Oubliées les crampes et les articulations défoncées, les coupures de ronces et les piqûres d’insecte. L’heure était venue de s’extasier sur ce qui devait être le climax de la journée.

« Vous verrez, c’est physique, mais c’est vraiment incroyable ».

Les mots de Pascal revenaient dans la tête de David, ils continuaient à résonner jusqu’ici. De manière mimétique dans la bouche de Thalia.

— C’est incroyable… on se croirait dans un tout autre pays.

— La Belgique n’est pas loin d’ici… juste derrière cette colline… et le petit village avec l’église en briques rouges… c’est là d’où on vient.

— Tu rigoles, faut y retourner à pied ?

« Mais non, idiote, je gare toujours mon 4X4 au sommet de la colline ! On est à la maison dans un quart d’heure s’il n’y a pas de bouchon à l’entrée de la Départementale », voilà ce que David aurait bien répondu à la place de Stéphanie. Il l’avait pensé tellement fort qu’elle se retourna pour lui jeter un regard réprobateur.

D’où il se trouvait, sa vue était directement attirée par les fesses et les silhouettes des deux filles. Le panorama, il en profitait à sa manière. Discrètement et en silence. Deux paires de fesses bien moulées dans des petits shorts aux reliefs éblouissants. Il avait eu le temps d’en détailler toutes les proéminences pendant la montée, d’en découvrir toutes les subtilités, les ondulations et les contres-ellipses. Elles n’étaient pas taillées de la même manière mais toutes deux l’avaient porté aux limites de la transe en jouant involontairement de leurs charmes dans un long traveling en plan rapproché.

La beauté de Stéphanie exhalait une rigueur toute bourgeoise, avec son port de tête de princesse, ses seins en pointes dans son polo Ralph Lauren. Alors que Thalia évoquait un doux parfum empreint de mystères romantiques. Quand la froide Europe croise les mille et une nuits d’Orient.

En reposant les yeux sur ces cuisses présentées à l’air libre, David retrouvait cette érection qu’il ne put réprimer durant la marche. Au point qu’il avait même songé à prétexter un arrêt pipi pour se soulager derrière un arbre.

« Une petite branlette et l’on en parle plus ».

L’idée tournait autour de lui comme un refrain qui ne vous lâche plus. Le projet était osé, grossier, presque bestial, mais pas plus que cette manifestation d’érotisme assumé dans laquelle son trouble prenait source.

La cruauté poussée à son paroxysme, les deux filles se tenaient désormais dans les bras de leurs petits amis respectifs. De quoi réduire définitivement David au silence. Entre béatitude et consternation. Ce qui lui évitera de se faire remarquer par un mot désobligeant. Il l’avait déjà bien trop ouvert pour la journée. Avec la mauvaise impression que tout ce qu’il dirait pendant ce court séjour à la campagne se retournerait contre lui.

La veille, à la descente du train (et en guise de salutation) il avait déclaré à son hôte se croire transporté dans un mauvais téléfilm de France 3. Dans la voiture de Pascal, alors que Marco et Thalia gaspillaient leur salive en poncifs sur le bon air de la nature, David n’avait pas pu s’empêcher de critiquer la région.

« L’évasion à deux heures de Paris, tu parles d’une idée… »

Il lâchait son flot décousu de critiques au fil de la discussion. Assuré de la bienveillance de ses deux amis. Les trois hommes se connaissaient depuis le lycée. Un sketch réglé comme du papier à musique. Le cynisme de David n’avait aucune chance d’atteindre Marco, sur un nuage depuis sa rencontre avec Thalia. Ce dernier avait enfin trouvé sa métisse, comme il disait. La fille idéale après laquelle il courait depuis des années.

Du côté de Pascal, rien ne pouvait le faire dévier de son idée fixe du moment. Depuis son installation dans la région toute discussion était sujette à rebondir sur le sujet des comparaisons entre Paris et la province. Si David avait fermé sa bouche bien gentiment Pascal n’aurait jamais eu l’idée de proposer cette randonnée. Il avait réclamé de l’évasion. Il ne serait pas déçu.

Pascal amusait la galerie. Comme à son habitude. Debout sur le promontoire en béton qui retenait les touristes du vide. Il simulait la célèbre scène de Titanic. En hurlant les paroles de la chanson. Bras grands ouverts. Sans pouvoir retenir sa chute.

Tous restèrent interdits. Comme une pellicule de cinéma bloqué sur une image fixe. Sauf David qui se releva d’un bond. Il fut le premier à s’approcher de la construction bétonnée. Ce n’était pas le vertige qu’il craignait. Mais de découvrir son ami dévalant la pente verticale en se brisant les os.

À la seule évocation de cette image son cœur s’emballa et le splendide panorama se fondit dans un brouillard tourbillonnant. Juste au moment où Pascal bondit dans les airs en reprenant le refrain de My heart will go on, réprimant difficilement son fou rire.

« Quel con ! »

Le mot était sur toutes les lèvres. Depuis le départ, toutes les occasions étaient bonnes pour essayer de flanquer la trouille à leurs copines – en se cachant dans les champs de maïs – en prétendant s’être perdu au moment de choisir entre deux chemins.

Avec la peur, David sentit les remontées d’alcool lui attaquer l’œsophage. Un reste de la soirée de la veille. Il se promit d’y aller doucement sur l’apéritif au retour. Le voyant cogiter les yeux dans le vide, Marco proposa de se remettre en route.

Les filles retrouvèrent leur bonne volonté. Celle de la veille, quand Pascal proposa enfin une activité qui ne laisserait personne sur le carreau. Pour une fois Stéphanie et Thalia ne seraient pas évacuées du cercle qui finissait invariablement par se restreindre autour des trois jeunes hommes.

En fin de groupe, David retrouva ses marques à la suite des deux filles qui avaient du mal à suivre le rythme imposé par Marco et Pascal. Dans la descente, chaque appui avait pour effet de marquer d’un rebond les fessiers des demoiselles. Par de petits soubresauts désinvoltes. Sans aucune volonté de retenue.

David n’aurait su dire ce qui était la cause de son érection. S’il s’agissait de l’irrésistible bermuda rose de Thalia – de ses fesses bien rondes agitées par les secousses – de ce corps-fuselage incurvé jusqu’à l’exaspération. Ou si l’émoi qu’il ressentait trouvait son origine dans l’odeur répandue sur ses traces. Ou encore dans le souvenir de la nuit dernière quand David les avait entendu faire l’amour, elle et Marco.

Les grincements feutrés du lit contre la cloison l’avaient gardé éveillé. Très rapidement elle s’était mise à gémir. De tous petits râles sortis de très loin. De ceux que l’on ne peut plus retenir une fois la barrière du plaisir franchie. David allait lui aussi dépasser une frontière. De celle que l’on doit s’imposer entre amis. Ses capacités de jugement affaiblies par l’alcool, il commença à se masturber. Et quand le grincement accéléra, il synchronisa les mouvements de son poignet sur le rythme précipité des deux amants, tout en cherchant à faire surgir dans la pénombre des images de Thalia. Une vision des ses seins ballottés par un rire. Le rythme de sa démarche qui se mélangeait aux intentions salaces d’une actrice porno.

Au plus fort des gémissements étouffés de la jeune métisse libano-indienne, il ne put retenir son éjaculation. Pris d’ivresse – surpris par l’excitation – les draps propres épongèrent la décharge. L’irritation qu’il en retira fut bien plus forte que d’habitude. Le choc électrique partit du bout de l’extrémité de son membre avant de s’amplifier dans l’éclatement d’un prisme de tension qui lui contracta tous les muscles du bas du ventre jusqu’aux mollets.

Personne ne remarqua son absence lorsqu’il s’arrêta dans un virage. Il n’en pouvait plus. Bien qu’il s’agissait des copines de ses meilleurs potes, elles étaient avant tout des filles. Et lui, un mec avec une méchante envie d’en finir avec cette érection. Impossible pour lui de se calmer autrement qu’en agitant son sexe assez fort et assez longtemps pour que le corps se débarrasse de toutes ses pulsions les plus nébuleuses.

Caché derrière un arbre, les images de Thalia et de Stéphanie défilaient à tour de rôle dans son petit théâtre obscène. Il fantasmait sur les deux. Sur ce qu’il leur ferait s’il pouvait les prendre l’une après l’autre contre cet arbre. Au point de jouir sans s’attarder sur ce cas de conscience.

Alors qu’une gerbe de liquide nivéen brillait sur les feuilles d’une fougère, David se rhabilla à la hâte. Il jeta un coup d’œil au chemin avec la mauvaise impression d’être surveillé. Un sentiment diffus. Impossible à se défaire. Et auquel la forêt ne donnerait aucune réponse : la densité de la végétation refusait tout examen des horizons.

Alors que les lieux étaient plongés dans un véritable silence de cathédrale, il y eut ce bruit de grattement dans les fourrées. Il pouvait tout aussi bien s’agir d’un gibier posté à des kilomètres que d’un rongeur perdu aux pieds du jeune homme. Comme les premiers indices du vertige s’annonçaient, David décida de se remettre en marche sans perdre de temps. En courant doucement tout d’abord. Puis en accélérant la cadence. Aidé par la pente et porté par la trouille, ou par une culpabilité sur laquelle il était incapable de mettre un nom. Ses mauvaises pensées s’échappèrent aussi vite qu’il retrouvait la piste du groupe.

En le voyant dévaler la pente à toute vitesse les deux couples se figèrent sur place. Dans une série de pas de danse improvisés, il ne put dévier suffisamment sa trajectoire et percuta Stéphanie qu’il entraîna dans sa chute. Ils dévalèrent ensemble une pente tapie de ronces. Une culbute qui trouva son épilogue au pied d’un arbuste indéterminé. Enlacés comme deux jeunes amoureux dans une soirée de fin d’année, la situation les gênait tout autant l’un que l’autre.

D’en haut, on leur demanda si tout allait bien. Les dégâts se limitaient à quelques égratignures. Un tee-shirt arraché. Et le coude de Stéphanie qui protestait par une vive douleur. Ses airs de jeune fille de bonne famille avaient complètement disparu, laissant apparaître un désarroi propice à tous les rapprochements. David se serait bien vu lui tenir le bras pour la réconforter mais il se l’interdit. Transporté par le contact sauvage de leurs membres recouverts de terre et par la promiscuité, une image érotique se dessinait devant lui. Elle le dévisageait – un rictus sur le visage – se mordillant la lèvre jusqu’au sang. Il y aurait bien décelé un signal lubrique, sauf qu’une voix dans sa tête lui répondait par une impression de malaise sans équivoque.

Un bruit dans les bois les sortit de ce face-à-face embarrassant. Quelque chose bougeait dans une zone assombrie par le feuillage, si dense à cet endroit. David demanda à voix haute s’il s’agissait de Pascal ou de Marco, sans recevoir de réponse, si ce n’était le jaillissement d’un souffle animal.

« Espèce d’idiot », murmura Stéphanie en insinuant qu’il s’agissait encore d’une sorte de canular. Mais David sentit que quelque chose clochait. Il ne put retenir la fille qui s’empara d’un bout de bois pour le jeter en direction du bruit en accompagnant son geste d’un rire nerveux.

Les oiseaux ne chantaient plus. Comme s’ils n’avaient plus rien à se dire ni personne à avertir. Ayant tous quitté la zone dans l’anticipation d’un quelconque danger. David n’eut pas le temps de prendre peur que la masse confondue dans la végétation ébranla les feuillages – dans un déchirement semblable à la fureur d’une tornade – pour foncer en direction du couple improvisé. L’ombre s’était manifestée sous la forme d’un animal d’une espèce indéterminé. Sans opposer de résistance, le garçon se retrouva sur l’épaule du monstre en moins de temps qu’il lui aurait fallu pour allumer une cigarette.

Jusqu’à ce qu’il prenne véritablement conscience de la situation, David crut à une mauvaise blague qui commençait à trop durer. Quand la bête qui le portait grimpa une colline avec l’agilité d’un cerf, il dut se rendre à l’évidence. Chaque seconde qui passait le dépouillait de son état d’euphorie pour le reconduire sur les terres de l’angoisse. Terrifié par la course folle de la bête à travers les bois, la crainte qu’il éprouvait pour la nature se mua en révolte. Et constatant que son agitation ne réglerait pas le problème, son indignation se transmuta en épouvante.

Quand le paysage s’arrêta autour de lui et qu’il sentit la respiration de ce qu’il pensait être un animal aussi fort qu’un ours, il ressentit à nouveau les effets du vertige. À un peu plus de deux mètres au-dessus du sol, le délire lui montait à la tête. Une nouvelle forêt se dessinait sous ses yeux. La bête se remit en marche à l’orée d’une clairière dont les frontières étaient protégées par une gigantesque pierre plate aux bosselages patinés par les rayons de la Lune.

De retour sur le sol, aussi étourdi que désorienté. Pris d’un élan d’instinct de survie, David chercha à se relever, pour se sauver. Mais il ne put faire deux pas sans pouvoir se prémunir d’une inévitable chute. Il tomba la tête la première – le nez dans la terre fraîche – avant que la bête ne le reposât dans une couche en forme de nid.

La panique s’effaça quand le garçon se rendit compte que la bête ne lui voulait rien de mal. Dans ce cocon imprégné d’effluves douces-amères, le paysage s’enrichissait d’un caractère magique où la Lune avait pointé son cercle parfait dans le ciel. Une forme brune obtura le ciel. La bête se penchait sur lui, avec sur la bouche une mimique qui ressemblait fort à un sourire.

Il la découvrait peu à peu, devinant une vague forme de féminité dans son allure. Il se disait « elle ». Il aurait presque pu dire « fille » tant cet hybride se rapprochait de l’humain, avec deux jambes, deux bras, une tête, des seins… seule sa tête de louve et ce fin pelage blond recouvrant la totalité de son corps la différenciait d’une humaine. Il y avait son regard, aussi, dont la lueur le terrifiait et rassurait à la fois. D’une bestialité sans appel qui vous impose le silence.

David ne cherchait pas à entendre les cris de ses amis, sûrement lancés à sa poursuite, ni à s’enfuir, comme prisonnier d’un envoûtement. La forêt se montrait calme et paisible. Sans autre bruit que le glapissement d’une source.

La fille-bête, loup-garou au féminin, s’était absentée quelques instants. À son retour, elle posa un bol archaïque dans les mains de l’homme. Une mixture d’herbes et de graines mélangées à des morceaux de champignons rougeâtres, qu’il reconnut à la texture lorsqu’il en avala la première bouchée. Il s’était préparé à déglutir avant de considérer la potion avec bénédiction. Il en oublia les poils et son attitude animale. Même l’odeur de musc qu’elle dégageait commençait à lui plaire. Toutes ses peurs s’adoucirent en même temps que les ombres des arbres. Les derniers soubresauts de sa conscience se perdaient en abstractions – sans besoin de paroles pour comprendre que tout irait bien tant qu’il resterait dans ce cercle délimitant les limites de l’antre de la bête.

Pour conclure le repas, la louve s’agita dans une danse fantasque. Et ce fut toute la nature qui se mit à tournoyer dans une chorégraphie primale. Nue, elle sautait dans les airs en formulant des séries d’arabesques multicolores dans les ténèbres. Un tambour battait – celui de son cœur – celui de l’excitation mutuelle provoquée par cette ronde rituelle.

David se vit déchirer le reste des vêtements qu’il lui restait sur le dos. Sans qu’il puisse refuser ce premier contact peau contre peau? Ni réprimer ses émotions. Son érection se tendait dans une unique direction. Celle d’un accouplement avec cette bête trop humaine pour lui vouloir du mal.

Contraint sur l’herbe, il s’enfonçait peu à peu dans le sol. Sous les effets conjoints de la gravité et de la puissance. Elle se déchaînait sur lui. Sans violence. Dans des élans de mystères primitifs. Dans des envolées de feulements plaintifs. David se découvrait une seconde nature. Il s’évadait de lui-même – de son costume de citadin déraciné – redevenu à ce point sauvage qu’il n’eut plus de mots pour appréhender la situation. Les idées se manifestaient en tremblements. Le plaisir se déployait en cris stupéfiants. La fille sauvage hurla en recevant la semence en elle. David gronda à sa manière – d’un tumulte venu des profondeurs de son humanité – délivré de toute pudeur – libéré d’un poids inconnu. Il n’était plus qu’une bête prise dans l’ardeur d’une fornication fantastique et chaotique, avec l’impression que l’étreinte avait durée des heures, au regard de la débauche de bestialité. Les spasmes et les ruissellements de sueur à la surface de sa peau témoignaient de la violence des faits. Mais dans le ciel, la Lune n’avait pas bougé d’un iota.

David resta dans cet état de stupeur jusqu’à ce que l’astre blanc disparaisse totalement de la voûte sombre poudrée d’éclats d’étoiles. La fille de la forêt s’endormit sur lui en le cajolant. En état de grâce il se sentait en terrible communion avec la nature. Débordant de vibrations extraordinaires. Pour rien au monde il n’aurait cherché à quitter ce lieu.

À l’aube : le chant des oiseaux sortit le garçon de sa torpeur. Un homme nouveau se leva dans l’herbe fraîche. Sans se presser. Comme un voyageur qui profiterait d’une halte clémente au cours d’un long voyage.

En l’absence de la fille de la forêt, il quitta la clairière avec un déchirement dans la poitrine, tant l’environnement semblait devoir retrouver de son agressivité à mesure qu’il s’enfonçait dans la forêt. Il retrouva non sans peine un sentier de randonnée qui le mena aux abords d’un champ de blé mûr pour la moisson. Un avion au fuselage gris semblait presque à l’arrêt dans le ciel bleu métal. Et bientôt c’est un grondement qui se fit entendre – celui d’une voiture.

David souffla un moment pour repenser à cette créature dont il quittait le territoire. Il avait tout son temps pour regagner la civilisation.

 

Vous avez dit bizarre ?

Mes lecteurs sont parfois étonnants. Josef Kebab fait partie de cette catégorie de lecteurs qui n’hésitent pas à me dire quand l’un de mes textes les excite.

« Je suis un mec bizarre qui en a lu des trucs bizarres sur internet mais là c’est du vraiment bizarre qui fait vraiment bander… du coup je me sens très très bizarre… »

Ce court commentaire à propos des Confessions Brutales n°2 me touche comme la caresse d’un amant délicat sur les épaules (pour ne pas employer une comparaison plus obscène – comme une coulée de sperme qui aurait la texture d’un McFlurry™ saveur Oreo, par exemple).

En règle générale ils sont plus discrets – mes lecteurs branleurs – ils usent et abusent de ma messagerie privée pour m’expliquer les effets de mes textes sur leur système nerveux. J’hésite à publier certains de ces témoignages – surtout ceux où ils m’expliquent à quel moment ils ont joui. Je les trouve parfois bien plus pervers que ce que j’écris… et je n’aime pas trop que l’on me vole la vedette.