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XXXZK#2 : Comment j’ai inventé Twitter en me branlant dans les toilettes d’un bar à cocktail

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Intro / Prologue

Aucun auteur de science-fiction n’aurait pu anticiper les années 2000.

Comment aurait-on pu imaginer l’effondrement sans cesse répété des Twin Towers sur nos écrans ? ou prévoir l’incontrôlable multiplication des téléphones portables dans nos sacs à main ?

Ma contribution aux années 2000 tient de ce genre de miracle improbable : j’ai inventé Twitter sans le savoir, une nuit de juin, en recevant un coup de fil aux airs de prophétie. Le décor était flou et un goût d’alcool dans la bouche me rappelait à mes abus de la veille. J’eus à peine le temps de vérifier s’il n’y avait personne d’autre dans mon lit que le téléphone vibrait à nouveau.

Je composai le 888 en pilote automatique et m’attendis à reconnaître la voix d’une copine dans le haut-parleur – un truc du style : allo Ziggy je sais il est quatre heures du mat’ mais tu devineras jamais ce qu’il vient de m’arriver… et de conclure par le plan le plus pourri du début de millénaire.

 

1 – Comme un processus chimique en entraîne un autre

En lieu d’amie en galère, une voix d’homme au fort accent du sud-ouest avait laissé une trace dans ma boîte vocale – un message insensé – je l’écoutais plusieurs fois en cherchant lequel de mes potes était à l’origine de ce canular.

À la dernière écoute, j’avais réussi à me convaincre que ce mec s’était trompé de numéro. Mais ses paroles continuaient à résonner dans ma tête, portées par la dissolution des dernières molécules de tequila dans mon organisme.

Comme un processus chimique en entraîne un autre, les mots crus de l’anonyme réveillèrent ces petits papillons endormis dans le bas de mon ventre. Ma main glissa dans les draps à la recherche d’une prise, sur la peau, entre les cuisses.

Je me caressai en regrettant mon geste : j’avais supprimé le message bien trop vite – j’aurais aimé réentendre ses mots en m’effeuillant – les doigts écartant les grandes lèvres pour mieux pincer les petites.

Mon sexe me semblait aussi rugueux que la voix de l’inconnu, mais bientôt je mouillais assez pour oublier cette analogie douteuse.

 

2 – Une théorie sexuelle du chaos

Après m’être triturée les lèvres dans tous les sens et qu’un jus gras me coulait dans le creux de la main, toute envie de réflexion m’avait quitté. Je n’avais qu’une idée en tête, attraper mon clitoris pour le faire craquer entre mes phalanges.

Je l’effleurais, le chatouillais, jusqu’à dénicher la petite boule de sa cachette.

Mes caresses ricochaient sur le souvenir de la voix de l’inconnu. Je cherchais à reproduire sur mon sexe les sensations de ses intonations mélodieuses. Je retranscrivais par de petits coups secs sa manière brutale de couper l’échange. Je me touchais, timide et vicieuse, en l’imaginant encore au bout du fil, à l’écoute des moindres modulations de mon souffle.

Les mots du répondeur, en résonant de la sorte avec mon plaisir, provoquèrent une nouvelle association d’idées : une lubie, fulgurante, de faire l’amour à travers le téléphone.

Il me fallait trouver un moyen de me connecter avec cet homme.

Pour répondre à cette folie, ma main libre se saisit du portable pour le fourrer dans ma culotte, et dans l’ivresse qui était la mienne, je ne l’entendis pas sonner. Il venait d’entrer dans ma chatte, poussée par d’incontrôlables soubresauts. Je me branlais d’une ardeur sans égale avec ce gode improvisé dont les vibrations me firent littéralement bouillir de l’intérieur.

Comme dans une théorie sexuelle du chaos, la pression de quelques touches de téléphone à l’autre bout de la ville venaient de déclencher une catastrophe naturelle dans mon lit. Le battement d’aile du papillon, devenu tornade, entraînait tout sur son passage. En une série de chutes et de déflagrations. En une secousse sismique qui ressemblait fort à un orgasme.

Ces images s’imprimaient aussi bien dans mon crâne que dans mon ventre, et quand l’explosion fut trop forte, je lâchai prise vers le chemin du sommeil, saoule de bonnes vibrations.

 

3 – À la vitesse d’un parpaing lancé du sommet d’un gratte-ciel

Au réveil, je découvris l’appel en absence et la couche de macule recouvrant la coque du Nokia. Je consultai mon répondeur pour me rassurer sur son état de fonctionnement. Une femme, une inconnue, m’annonçait être en mesure de prouver que nous vivions dans un univers parallèle.

Si ce message ne m’était pas directement adressé, il fit remonter à la surface les souvenirs de la veille. Tout me revint à la vitesse d’un parpaing lancé du sommet d’un gratte-ciel : les bars – les cocktails – mes copines – et les toilettes décorées par les clients.

Entre les traditionnels messages orduriers et les stickers publicitaires, une liste de numéros de téléphone occupaient la quasi-totalité d’un pan de mur.

Partie pour une mauvaise blague, j’allais inscrire le 06 d’une amie d’un coup de rouge à lèvres. Au dernier moment, je changeai d’avis pour y inscrire le mien. Je n’eus pas le temps de regretter cette décision qu’un numéro masqué tentait de me joindre à nouveau : je décrochai pour me faire raccrocher au nez.

Après le petit-déjeuner, je ne regardais plus mon téléphone de la même manière. Mais ce n’était pas grave. J’allais retourner au bar pour mettre un bon coup de marqueur par-dessus mon numéro et réparer mes conneries.

 

4 – Mon instinct avait décidé pour moi

Quand le téléphone sonna pour la troisième fois de la matinée, je pris peur et n’osai pas répondre. Mes doigts refusaient de composer le numéro du répondeur où m’attendaient de nouvelles paroles énigmatiques : nouveau standard Marco Polo Paris 12 toilettes des hommes.

Comme j’avais toute la journée à tuer avant l’ouverture du bar de la veille, je fonçai à l’adresse indiquée. Il fallait que je bouge, que j’occupe mon cerveau avec quelque chose, un tour en métro, une petite marche et un Cherry Coke commandé avec la voix chevrotante.

Dans l’une des cabines de toilettes, je restai stupéfaite devant le standard : des dizaines de numéros – du sol au plafond – écrits par la même main.

Un grondement me fit sursauter.

Celui d’une porte que l’on claque, suivi par d’une série de bruits de pas.

Immobile, toute mon attention se portait sur le murmure de l’homme qui venait d’entrer. Je pensais qu’il allait s’adresser moi – je n’entendis que le zip de sa braguette et le crissement de ses poils pubiens lorsqu’il sortit son sexe de son slip.

La main prise de tremblements, je secouais mon téléphone comme j’aurais branlé un mec. Je priai pour qu’il ne sonne pas et j’imaginais toutes les possibilités : l’homme allait entendre le bruit de tonnerre que faisait mon coeur dans ma poitrine – ma peur déclencherait sans nulle doute son érection – il n’aurait plus qu’à pousser la porte, la bite à la main, pour abuser de moi.

Je délirai en attendant de voir son visage pour de vrai, prête à me pisser dessus à cause de la trouille. Quand il tira la chasse et s’en alla, je baissai mon pantalon et repris mon souffle en posant mes fesses sur la lunette.

Je restais assise un long moment après avoir fini mon pipi.

J’attendais.

Je ne savais pas ce que j’attendais, mais j’étais sûre que quelque chose allait se passer. Je compris quand un autre homme fit son entrée dans les toilettes. La situation m’excitait tellement que je n’étais plus en mesure de réfléchir.

Mon instinct avait décidé pour moi.

 

5 – À deux doigts de la mort

J’étais prête. Le doigt sur la gâchette. Prête à me toucher en imaginant la tête du type d’à côté, en jaugeant la gamme de réactions possibles s’il venait à découvrir une fille en pleine branlette dans la cabine voisine, à moins d’un mètre de sa bite. Une fille qui se doigtait en silence, en retenant ses soupirs, en fouillant les parois granuleuses de son vagin, de plus en plus trempées à mesure que la température augmentait.

Après son départ, l’excitation monta encore d’un cran.

Je composai le premier numéro du standard pour partager cet instant avec un inconnu, sans vraiment savoir ce que j’allais dire. Je laissai passer le message d’accueil et me limitai au plus court : Je viens de me… me branler… à côté d’un hommemon doigt… dans ma chatte… et mes cuisses… écartées…  

Je ne m’arrêtai pas à ce coup d’essai et envoyai une série de messages du même calibre en suivant l’ordre de la liste, en me branlant de plus en plus fort.

Je commentais la progression de ma masturbation d’une voix réduite à un souffle, jusqu’à ce que les mots me manquent, jusqu’à ce que la sonnerie du téléphone se mette à hurler comme un diable sorti de sa boîte.

Au bout du fil, une voix de robot débita deux phrases distinctes : Pas plus de 14 mots / Numéro privé sinon blacklisté.

Les deux règles inflexibles s’étaient gravées dans ma tête en même temps qu’apparurent les étoiles au plafond. Un tourbillon de flash jaunes-oranges, de comètes rouges de désir, aussi bruyantes qu’un groupe d’oiseaux pris de vertige avant le départ pour la grande migration.

À la limite du malaise, je m’accrochais à mon téléphone avec l’idée que ma dernière heure était venue.

J’allais mourir sur place, à moitié nue, deux doigts bien plantés dans la chatte.

Les frissons de la terreur et de l’orgasme m’enveloppèrent en même temps, dans une vague de plaisir aux saveurs complexes. J’avais joui si fort et j’avais eu si peur que je m’en étais mordus la main jusqu’au sang.

Quand les émotions refluèrent, je sentis des larmes couler sur mes joues. Je pleurai de joie, comme si après avoir frôlé la crise cardiaque ou quelque forme d’attaque cérébrale, je découvrais qu’un orgasme m’avait ramené à la vie.

C’est dans un état second que je m’enfuyai sans me laver les mains ni payer mon verre, si vite que je ne savais plus si j’avais laissé mon numéro sur le mur.

 

6 – Le Grand Jeu

Depuis cet incident, je ne sortais plus sans un petit carnet et des marqueurs au fond de mon sac. L’expérience ne m’avait pas refroidie, bien au contraire. Je n’avais pas cherché à effacer mon numéro dans l’autre bar et reçus une tonne d’annonces de plus en plus bizarres dans les jours qui suivirent :

– Un gros bourrin, vulgaire au possible, m’avait laissé une dizaine de messages et autant de variations autour du thème de la sodomie bestiale.

– Une jeune fille complètement à côté de la plaque hurlait des refrains de Britney Spears dans sa chambre de bonne.

– Un aristocrate à l’élocution parfaite lançait des appels à la révolution conservatrice depuis son donjon SM du quatrième arrondissement.

– Une femme, ou un homme, à moins que ce ne soit un transsexuel, totalement parano, s’adressait au Gouvernement et aux Renseignements Généraux par l’intermédiaire de ma boîte vocale.

Il y avait aussi ce mec dont le hobby consistait à distribuer des missions à ses correspondants. Ce matin-là, il me proposa d’attacher des pinces à linge au bout de mes seins. L’idée m’avait vaguement tenté, sauf qu’un autre programme m’attendait.

Déguisée en agent secret – lunettes noires, imperméable et jean passe-partout – j’allais faire mon entrée dans le Grand Jeu.

 

7 – Et le téléphone finissait toujours par sonner

Je m’apprêtais à ouvrir mon premier standard dans un bar où je n’avais jamais mis les pieds. Pour ce coup d’essai, j’inscrivis une vingtaine de numéros récupérés à droite à gauche, et n’oubliai surtout pas d’ajouter le mien en bout de liste.

Avant de disparaître, je m’adonnai à ma spécialité : mon rôle de nymphomane enfermée dans les toilettes. Je laissai à mes correspondants une série de communiqués à caractères sexuels en me branlant pour de vrai.

Il était possible que le patron passe un coup de peinture dans une heure, réduisant à néant mon travail, mais j’avais pris du bon temps. Le shoot d’adrénaline dépassait tout ce que j’avais essayé jusqu’à présent, drogues y comprises.

Mes branlettes téléphoniques valaient largement un coup d’un soir. C’est pourquoi j’en étais venue à inscrire mon numéro partout où c’était possible, sans en parler à mes copines, plus par prudence que par goût du secret.

Je nageais entre le réel et le virtuel, en craignant parfois que tout cela ne soit qu’un grand délire, me demandant si ces aventures n’étaient pas le produit d’un mauvais rêve érotique. Et le téléphone finissait toujours par sonner. Je replongeai alors dans mes imprudences masturbatoires en compagnie d’inconnus.

 

8 – La Femme Araignée et l’Homme à la Cagoule

Une fois dans la boucle, il était difficile de sortir de ce réseau social clandestin, sorte d’internet primitif des toilettes. Vous pouviez toujours tenter d’effacer votre numéro. Il finirait par ressortir à l’autre bout de la ville, de la France, voire à l’autre bout du monde, reproduit, répliqué, pour ainsi dire retweeté.

Je n’aurais su dire depuis quand existait cette technologie. Il était possible qu’un homme des cavernes en soit à l’origine – ce qui expliquerait pourquoi ce jeu réveillait en moi des obsessions d’un autre âge.

À l’écoute des voix inconnues et de leurs communications cryptées, mon imagination empruntait des chemins pour le moins sinueux – un labyrinthe d’hallucinations, de masques et de conspirations inavouables.

Un soir, j’avais fait faux bond à mes amies pour m’enfermer dans les toilettes d’un club privé. Je venais de recevoir le message de celle que j’avais surnommé la Femme Araignée. Ce message – ou un verre de trop – m’avaient rempli d’une implacable envie de me faire baiser de force et dans les toilettes des hommes par des créations de mon esprit : la Femme Araignée et son complice, l’Homme à la Cagoule.

Je devinais dans la voix de la femme un plaisir malsain, celui qu’elle ressentait à me livrer à la fureur de son amant masqué, celui dont les interventions se limitaient à pousser des grognements dans le combiné.

Ce soir, tu laisseras de côté ton costume de petite branleuse, semblait-elle me dire en tissant les mots avec ses lèvres sombres, fini le temps où tu pouvais allumer ton petit monde au téléphone. Ce soir, les salopes dans ton genre vont devoir payer leurs affronts.

Sur ces paroles, la Femme Araignée aurait pris les choses en main, à la fois guichetière et maîtresse de cérémonie. Elle aurait fait payer l’entrée à quelques VIP – hommes et femmes triés sur le volet – tout en commentant l’action.

Pour commencer, elle m’aurait arraché mes vêtements, sans que je n’oppose de résistance. La voir se venger de mes appels masqués me procurait un certain plaisir. Je n’étais une proie prise dans sa toile, mais une proie que la peur faisait mouiller.

Constant mon état d’excitation avancé, elle aurait pris l’Homme à la Cagoule par les couilles. Un homme réduit à l’état de brute, à peine capable de discerner le trou de mon cul de celui d’une serrure, mais qui, une fois guidé dans ma fente, allait me baiser comme un animal. Aidé par les petites pattes blanches de l’araignée, l’Homme à la Cagoule se ferait un chemin avec son énorme queue. Une queue si grosse et si longue qu’elle ne rentrerait pas entière dans mon corps.

Sous les grognements paillards de la Cagoule, la Femme Araignée continuerait à faire l’article, à réciter un à un l’intégralité des messages que j’avais laissés sur les messageries des autres joueurs.

Elle en profiterait aussi pour égrener ses traditionnelles recommandations sur l’hygiène et la discipline, en expliquant que je n’étais qu’une gamine à peine bonne à lécher un cul. Pour illustrer sa sentence, elle lèverait sa robe – une longue robe de tulle noire – pour pointer ses fesses en plein sur ma face.

Un cul blanc, rosé, à la raie parfaitement rasée.

Et l’Homme à la Cagoule, dans un geste sordide, m’aurait poussé la tête entre les deux fesses de l’araignée. Il aurait grogné en s’aggripant à mes cheveux, en me baisant encore plus fort, pour me faire comprendre que je devais tirer la langue et lécher la rondelle de notre maîtresse adorée.

Je me sentis alors sur le point de jouir.

Pour accélérer les choses, j’invoquai des senteurs animales, d’un fauve ou d’une bête à cornes, ou encore le piquant d’une claque sur mes fesses… des images qui me firent perdre la tête et toute notion du temps.

Mon fantasme était barbare, ma branlette violente et mon plaisir fulgurant.

Je rouvris les yeux aussi vite que j’avais joui – devant une cloison remplie de numéros. Quelqu’un était passé avant moi et je remarquai, pour la première fois, que le standard était pour ainsi dire signé.

 

9 – Une histoire sans fin ni début

Les jours qui suivirent, je courus la ville à la recherche d’autres standards et retrouvai les signatures des Triptop, Tristero, Trickster et autres Tonton Bob.

Que des initiales en T.

Comme Téléphone, Télécommunication, ou Tais-toi sinon il va t’arriver des ennuis.

Il me fallait trouver un pseudo qui claque. Twister me plaisait bien, mais il était déjà pris par un autre utilisateur. Alors je me rabattis sur Twiter, sans aucune référence au chant des oiseaux. Je pensais davantage à la manière dont je parlais dans le téléphone, à ma petite voix aiguë transportée par les enceintes tweeters.

Avec le recul, je comprends que les coups de fil reçus et envoyés sonnaient comme des tweets. Ce que je suis incapable d’expliquer, c’est comment mon pseudo a fini par devenir le nom d’un géant du web.

Le plus simple est encore de ne pas chercher d’explication : il n’y a ni début ni fin sur le web, et aucune logique à chercher entre les informations. Malgré tout, j’estime qu’il était temps de mettre à jour les liens obscurs qui relient la création de Twitter et la mort de notre réseau de standards.

Epilogue

À mesure que le web avait pris de l’importance, les appels secrets avaient diminué, jusqu’à disparaître. Les messageries instantanées marchaient du tonnerre, les blogs venaient de voir le jour et j’avais commencé à craindre d’être la dernière à écrire sur les murs.

Me retrouver chez les flics – accusée d’avoir tagué les toilettes d’un millier de bars à travers le monde – n’avait rien de fun. Alors je changeai de téléphone en 2003, et par là même de numéro.

Jamais je n’aurais pu croire que deux ou trois ans plus tard, comme une bouteille lancée à la mer, mon pseudo de standardiste nymphomane allait refaire surface de l’autre côté de l’atlantique pour envahir la planète.